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OnlyOffice accuse Euro-Office et suspend son partenariat avec Nextcloud : la souveraineté européenne vacille

Tech4B2B · · 4 min (mis à jour le )
Illustration : OnlyOffice accuse Euro-Office et suspend son partenariat avec Nextcloud : la souveraineté européenne vacille
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OnlyOffice a rompu son accord de partenariat avec Nextcloud, accusant Euro-Office, l'intégrateur qui distribuait la suite bureautique au sein de l'écosystème Nextcloud, de violations de licence. La dispute expose une fragilité structurelle de la pile logicielle que beaucoup de DSI européens considéraient comme l'alternative crédible à Microsoft 365.

Le 9 juillet 2025, OnlyOffice a publié un communiqué sec annonçant la suspension immédiate de son partenariat avec Nextcloud. La raison invoquée : des violations de licence commises par Euro-Office GmbH, société allemande qui assurait l'intégration et la distribution commerciale de la suite OnlyOffice dans l'environnement Nextcloud. Le communiqué ne détaille pas la nature exacte des violations, se contentant de mentionner des usages non conformes aux termes de la licence commerciale.

Euro-Office, basée à Munich, opérait depuis 2022 comme partenaire certifié, fournissant aux clients Nextcloud un accès packagé à OnlyOffice Docs, la brique d'édition collaborative qui complétait la plateforme de fichiers et de communication de Nextcloud. Pour beaucoup d'administrations et d'entreprises européennes engagées dans des démarches de souveraineté numérique, ce trio Nextcloud-OnlyOffice-Euro-Office constituait la réponse fonctionnelle à SharePoint-Office 365.

Nextcloud, de son côté, a réagi avec un laconisme inhabituel. Frank Karlitschek, fondateur et CEO, s'est limité à indiquer que Nextcloud travaillait à assurer la continuité de service pour ses utilisateurs et qu'il explorait des options alternatives pour l'édition de documents. Il n'a pas commenté les accusations portées contre Euro-Office.

Munich, encore

Euro-Office GmbH a contesté les accusations dans un communiqué publié quelques heures après celui d'OnlyOffice, affirmant avoir respecté les termes contractuels et qualifiant la suspension de décision unilatérale non justifiée. La société a indiqué envisager des recours juridiques. Aucun des deux camps n'a rendu publics les termes du contrat en question.

Ce qui est public, en revanche, c'est le modèle économique d'OnlyOffice. La société lettone distribue une version communautaire open source de sa suite, mais la version entreprise, celle qui intéresse les DSI, repose sur une licence commerciale propriétaire. Les fonctionnalités avancées de collaboration en temps réel, le contrôle d'accès granulaire, le support SLA, tout cela passe par un contrat commercial classique. OnlyOffice avait déjà durci ses conditions de licence en 2023, limitant le nombre de connexions simultanées autorisées dans certaines configurations. Plusieurs intégrateurs européens s'en étaient plaints sur les forums communautaires sans que cela ne remonte dans la presse spécialisée.

L'éditeur letton Ascensio System, maison mère d'OnlyOffice, a levé des fonds en 2021 auprès d'investisseurs non divulgués. Le montant n'a jamais été communiqué. Depuis, la stratégie commerciale s'est visiblement resserrée autour de la monétisation de la couche entreprise, avec une attention croissante portée au respect des termes de licence par les partenaires et revendeurs.

Collabora en embuscade

Le timing est délicat. Nextcloud avait historiquement intégré Collabora Online, la version cloud de LibreOffice, avant de proposer OnlyOffice comme alternative. Les deux options coexistent techniquement dans Nextcloud Hub, mais c'est OnlyOffice qui avait gagné du terrain ces deux dernières années auprès des déploiements institutionnels, notamment grâce au travail d'Euro-Office sur le marché DACH et français. Collabora, société britannique avec une forte présence européenne, n'a pas encore commenté la situation publiquement. Michael Meeks, son directeur général, était en déplacement la semaine de l'annonce.

En France, plusieurs administrations utilisent Nextcloud couplé à OnlyOffice dans le cadre de la doctrine cloud au centre. La DINUM référence Nextcloud dans le socle interministériel de logiciels libres. Le ministère de l'Education nationale, qui a déployé des instances Nextcloud pour des dizaines de milliers d'agents, s'appuyait sur OnlyOffice pour l'édition collaborative. Aucune communication officielle côté français pour l'instant.

La question que personne ne pose à voix haute : combien de déploiements européens dépendent d'un contrat de licence commercial entre une société lettone et un intégrateur munichois, sans clause de continuité de service en cas de rupture partenariale ? Les DSI qui avaient choisi cette pile pour sa résilience face au lock-in Microsoft découvrent qu'un lock-in peut aussi exister dans l'écosystème open source, dès lors qu'une brique critique n'est pas réellement libre.

OnlyOffice Docs Community Edition reste disponible, mais ses limitations la rendent inadaptée aux usages entreprise au-delà de vingt connexions simultanées. Le saut entre la version communautaire et la version entreprise n'est pas un détail de packaging. C'est un mur fonctionnel.

Le German Federal Office for Information Security, le BSI, avait inclus le couple Nextcloud-OnlyOffice dans ses recommandations pour les administrations fédérales en 2024. Un porte-parole du BSI a déclaré surveiller la situation.

Souveraineté à géométrie variable

Il y a dix-huit mois, Lev Bannov, CEO d'Ascensio System, déclarait dans une interview que la mission d'OnlyOffice était de fournir une alternative souveraine aux suites bureautiques américaines, insistant sur la transparence du code et la gouvernance européenne du projet. La suspension d'un partenariat stratégique sans publication des motifs détaillés ni des termes contractuels en litige s'inscrit difficilement dans ce récit.

Nextcloud compte revendiqué : plus de 600 000 serveurs déployés. Le chiffre n'est pas vérifiable, et Nextcloud ne communique pas sur la part de ces instances qui utilisent OnlyOffice plutôt que Collabora ou aucune suite d'édition. Ce qui est certain, c'est que la rupture intervient au moment où le marché européen de la collaboration souveraine accélère, poussé par NIS2, le Cloud Act européen en discussion, et une pression politique croissante en Allemagne et en France pour réduire la dépendance à Microsoft.

Un DSI d'une collectivité territoriale française, qui a requis l'anonymat, a résumé la situation : Nous avons mis deux ans à convaincre les élus de ne pas renouveler le contrat Microsoft 365. On venait de signer avec un intégrateur qui s'appuyait sur OnlyOffice. Personne ne nous avait expliqué que la brique bureautique pouvait disparaître du jour au lendemain sur un désaccord commercial entre deux sociétés dont on ignorait l'existence il y a trois ans.

Le bureau de Karlitschek à Stuttgart est à quarante minutes en voiture de celui d'Euro-Office à Munich.

TL;DR

OnlyOffice rompt avec Nextcloud après avoir accusé l'intégrateur Euro-Office de violations de licence, fragilisant toute la pile souveraine européenne qui dépendait de ce couple.

  • La suspension est immédiate et les termes du litige ne sont pas publics, laissant les déploiements entreprise et administrations dans l'incertitude.
  • La version communautaire d'OnlyOffice est limitée à 20 connexions simultanées : insuffisant pour les usages institutionnels, ce qui rend la brique bureautique critique et non substituable sans migration.
  • Collabora Online redevient l'alternative de fait, mais aucune communication officielle de Nextcloud ni des administrations françaises et allemandes concernées.

Questions fréquentes

Les déploiements Nextcloud existants avec OnlyOffice cessent-ils de fonctionner immédiatement?

Non, les instances déjà déployées continuent de tourner tant que la licence en cours est valide. Le problème concerne le renouvellement des licences, le support et les mises à jour de sécurité, qui dépendaient du canal Euro-Office désormais suspendu. Les DSI doivent vérifier la date d'expiration de leur contrat et anticiper une migration ou un nouveau canal d'approvisionnement.

Collabora Online peut-elle remplacer OnlyOffice dans Nextcloud sans friction?

Techniquement, le connecteur Collabora existe nativement dans Nextcloud Hub. Fonctionnellement, la migration implique des différences d'interface, de compatibilité avec les formats Microsoft et de gestion des macros. Pour un déploiement de plusieurs milliers d'utilisateurs, le changement nécessite une recette, une conduite du changement et potentiellement un nouveau contrat de support.

Cette rupture remet-elle en cause la stratégie de souveraineté numérique basée sur l'open source?

Elle remet en cause une version simplifiée de cette stratégie. Open source ne signifie pas absence de dépendance commerciale. Dès qu'une brique critique repose sur une licence entreprise propriétaire, le risque de lock-in se déplace mais ne disparaît pas. Les DSI doivent évaluer le statut juridique réel de chaque composant de leur pile, pas seulement la licence du composant principal.

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