← AI War Room
Souverainete

AION : Iliad, Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, Orange et Scaleway se mettent d'accord sur tout, sauf sur les puces

Tech4B2B · · 4 min (mis à jour le )
Illustration : AION : Iliad, Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, Orange et Scaleway se mettent d'accord sur tout, sauf sur les puces
  • Sujet: AION : Iliad, Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, Orange et Scaleway se mettent d'accord sur tout, sauf sur les puces
  • Date:
Iliad, Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, Orange et Scaleway officialisent le consortium AION pour porter une candidature française au programme européen des AI Gigafactories. Le projet, chiffré à plus de 10 milliards d'euros pour une puissance cible d'un gigawatt, vise le fonds InvestAI de la Commission. La promesse tient en un mot, souveraineté, et bute sur un autre, Nvidia. Pour les DSI qui devront un jour acheter du calcul à cette infrastructure, la question n'est pas de savoir si la France a les atouts. C'est de savoir contre quel campus francilien déjà en chantier AION compte vendre les siens.

Mardi, à quelques centaines de mètres de l'Élysée, huit groupes ont annoncé qu'ils s'étaient mis d'accord. Iliad, Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, Orange et Scaleway forment désormais le consortium AION. L'objet : porter une candidature française au programme européen des AI Gigafactories, ces centres de calcul que la Commission veut voir émerger pour entraîner et exploiter des modèles d'IA à très grande échelle. L'investissement annoncé dépasse 10 milliards d'euros. La cible de puissance, un gigawatt, répartie sur plusieurs sites encore non communiqués.

Le consortium n'est pas neuf. Scaleway, filiale cloud d'Iliad, l'avait lancé en juin 2025 pour répondre à l'appel à manifestation d'intérêt de la Commission et d'EuroHPC. À l'époque, AION parlait de 3 milliards d'euros, dont 2,5 venant d'OpCore et d'InfraVia, et d'une capacité de 200 MW. Onze mois plus tard, le chiffre est multiplié par plus de trois et sept noms s'ajoutent au tour de table. Le projet a grossi avant d'avoir produit le moindre kilowatt.

Chaque membre a une fonction assignée. EDF fournit l'électricité décarbonée, nucléaire et hydraulique, présentée comme l'argument différenciant français. Orange, Iliad et Scaleway apportent les infrastructures cloud et télécoms. Bull, propriété de l'État français depuis la reprise des activités supercalculateurs d'Atos, est désigné comme le fournisseur HPC. Capgemini et Artefact couvrent le déploiement des usages en entreprise. Ardian finance.

Thomas Reynaud, directeur général d'Iliad : « Dans un monde où la capacité de calcul devient un levier de puissance, l'Europe ne peut pas se permettre de dépendre d'infrastructures conçues, financées et opérées ailleurs. »

La phrase est juste. Elle décrit aussi exactement la position dans laquelle se trouve AION vis-à-vis de Nvidia, dont les GPU représentent plus de 80 % du marché des accélérateurs pour centres de données et qu'aucun membre du consortium ne fabrique.

Damien Lucas, CEO de Scaleway, ne le nie pas. Interrogé sur la dépendance au hardware américain, il répond : « Évidemment, nous sommes conscients de nos dépendances. » Il renvoie alors vers Bull, censé fournir « une partie » des infrastructures HPC. Une partie. Le mot fait le travail. Une gigafactory au standard européen vise plus de 100 000 puces IA avancées, contre environ 25 000 dans les plus gros clusters actuels. Bull n'a pas de GPU de classe entraînement à ce volume. SiPearl, présent dans l'écosystème élargi d'AION, développe un processeur - pas un accélérateur capable de rivaliser avec un Blackwell.

L'écosystème élargi, justement, compte 25 partenaires : Crédit Agricole, Equans, GENCI, Hugging Face, INRIA, Kyutai, LightOn, Multiverse Computing, Nokia, Quandela, Schneider Electric, Sopra Steria, entre autres. Liste solide. Liste qui mélange des fournisseurs de technologie, des laboratoires de recherche et des clients potentiels sans toujours préciser qui est quoi.

Le calendrier industriel mérite d'être posé à côté d'un autre. La première tranche d'AION vise 100 MW, modalités définitives non arrêtées. À une quarantaine de kilomètres au sud de Paris, le campus porté par MGX, Bpifrance, Nvidia et Mistral AI vise 1,4 gigawatt, avec un démarrage de chantier au second semestre 2026 et une mise en service en 2028. Un datacenter précurseur, à Bruyères-le-Châtel, tourne déjà depuis le printemps 2026 avec 13 800 GPU Nvidia GB300. Deux projets souverains, le même pays, la même fenêtre de temps, des financements différents — et un seul des deux a commencé à acheter des puces.

Le programme InvestAI de la Commission est doté de 20 milliards d'euros et doit financer jusqu'à cinq gigafactories sur le continent. AION demande de quoi couvrir la moitié d'une enveloppe pensée pour cinq projets. La sélection des dossiers EuroHPC est attendue au quatrième trimestre. Le dossier français avait été déposé fin juin 2025 parmi 75 candidatures.

Christel Heydemann, directrice générale d'Orange, évoque « la nécessité d'une ambition collective d'une IA européenne puissante, ouverte et inclusive ». Étienne Grass, directeur de l'IA chez Capgemini Invent, voit dans le consortium ce qui manquait à l'Europe : « la capacité à fédérer ces forces autour d'un projet commun ». Personne, dans les déclarations officielles, ne nomme le client qui paiera pour ce calcul une fois l'infrastructure construite.

Un analyste du secteur résume la prudence qui circule sur les gigafactories européennes : chaque projet doit avoir un modèle économique viable avant le premier coup de pioche, l'Europe ayant trop souvent financé des infrastructures de prestige sans marché réel. AION coche la case des atouts - énergie, talents, intégration verticale. Le communiqué ne dit pas combien d'heures-GPU il prévoit de vendre, ni à qui, ni à quel prix.

L'événement de mardi se tenait à deux pas de l'Élysée. Le choix du lieu n'a pas été commenté.

TL;DR

Huit groupes français bâtissent le consortium d'une gigafactory IA à 10 milliards d'euros — et confient le maillon hardware à un acteur qui n'a pas les puces.

  • AION (Iliad, Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, Orange, Scaleway) officialise sa candidature au programme européen InvestAI pour une infrastructure d'un gigawatt, financement non encore sécurisé.
  • La souveraineté revendiquée s'arrête au silicium : aucun membre ne produit de GPU d'entraînement, et Nvidia domine 80 % du marché des accélérateurs.
  • À 40 km de Paris, le campus Mistral/Nvidia/MGX (1,4 GW) a déjà un datacenter précurseur en service — deux projets souverains visent la même fenêtre, un seul achète déjà du calcul.

Questions fréquentes

AION et le campus de Mistral, est-ce le même projet ?

Non. Deux consortiums distincts, deux financements séparés. AION vise le fonds public européen InvestAI ; le campus de Fouju est porté par une coentreprise privée avec un fonds émirati. Ils peuvent coexister, ou se concurrencer pour les mêmes clients.

Concrètement, quand pourrait-on louer du calcul sur AION ?

Aucune date de mise en service n'est communiquée. La sélection EuroHPC est attendue fin 2026 ; un démarrage de construction ne suivrait qu'ensuite. Tout planning de migration de charges IA sur AION avant 2028-2029 est aujourd'hui spéculatif.

Une infrastructure « souveraine » sur des GPU Nvidia, ça tient ?

La souveraineté porte ici sur l'opération, la localisation des données et l'énergie — pas sur le silicium. Une charge sensible y serait protégée des lois extraterritoriales sur l'hébergement, sans s'affranchir de la dépendance à un fournisseur de puces unique.

Le brief tech qui compte
Chaque matin à 7h, les 5 signaux tech B2B à ne pas manquer.