xAI - Départ de tous les co-fondateurs, Ross Nordeen le dernier

Ross Nordeen a quitté xAI vendredi dernier. Manuel Kroiss avait annoncé son départ la semaine d'avant. Avec eux, c'est la totalité de l'équipe fondatrice de la startup d'Elon Musk qui a disparu — les onze co-fondateurs recrutés en 2023, tous partis en moins de trois ans. Il ne reste que Musk.
xAI avait été fondée en juillet 2023 avec une promesse explicite : assembler le meilleur vivier de chercheurs en IA disponible, pour concurrencer OpenAI, Google DeepMind et Anthropic sur leur propre terrain. La liste de départ était sérieuse. Jimmy Ba, co-auteur du papier Adam en 2014 — le papier d'optimisation le plus cité de l'histoire de l'IA avec plus de 95 000 références. Igor Babuschkin, ancien ingénieur principal chez DeepMind. Christian Szegedy, figure reconnue de Google Brain. Tony Wu, qui pilotait le raisonnement. Greg Yang, venu de Microsoft Research. Toby Pohlen, Zihang Dai, Guodong Zhang, Kyle Kosic, et les deux derniers — Kroiss, responsable du préentraînement, et Nordeen, l'opérateur de confiance de Musk, son bras droit depuis Tesla.
Ils sont tous partis.
La chronologie
Kyle Kosic est le premier à partir, en 2024 — il rejoint OpenAI, le concurrent direct. Christian Szegedy quitte en février 2025. Igor Babuschkin en août 2025, pour lancer son propre fonds de VC. Puis le rythme s'accélère. Greg Yang en janvier 2026. Tony Wu le 10 février 2026 — un post bref sur X, "temps pour mon prochain chapitre". Jimmy Ba démissionne dans les 24 heures. Toby Pohlen en février. Zihang Dai et Guodong Zhang en mars. Kroiss et Nordeen cette semaine.
Le 2 février 2026, SpaceX avait acquis xAI dans une transaction tout-actions valorisant SpaceX à 1 000 milliards de dollars et xAI à 250 milliards — la plus grande fusion de l'histoire par valorisation. La vague d'accélération des départs coïncide exactement avec cette opération.
Musk a publiquement reconnu le problème sur X, mi-mars : "xAI was not built right first time around, so is being rebuilt from the foundations up." La formule est candide pour un dirigeant dont la société vient d'être valorisée à 250 milliards. Elle valide rétrospectivement le choix de chaque chercheur qui a décidé de partir avant d'avoir à participer à la reconstruction.
Ce que disent les départs
Selon les rapports de Business Insider et Fortune, les équipes travaillaient sur des rythmes de 12 à 16 heures par jour, avec une attente de réponse en moins de 30 minutes à toute heure. Les décisions produit ne passaient pas par les canaux internes de xAI mais par un groupe de 300 personnes sur X. Plusieurs sources citent un décalage entre les ambitions annoncées — notamment autour des outils de codage IA, en compétition directe avec Claude Code d'Anthropic — et les capacités réelles des produits. Grok, le chatbot de xAI, a été au cœur de plusieurs scandales : génération de deepfakes non consentis, y compris impliquant des mineurs, et enquêtes réglementaires dans plusieurs pays.
Nordeen n'était pas un chercheur. C'était l'opérateur. Il avait suivi Musk depuis Tesla — où il était responsable technique du programme Autopilot — puis géré les licenciements massifs chez Twitter après l'acquisition de 2022. Son départ est différent de celui de Jimmy Ba ou de Tony Wu. Ce n'est pas un chercheur de frontier AI qui quitte parce qu'il préfère un environnement académique. C'est l'homme qui savait faire tourner la machine Musk, et qui choisit de s'arrêter.
L'enjeu IPO
SpaceX vise une introduction en bourse pour juin 2026, dans une fenêtre qui pourrait lever jusqu'à 50 milliards de dollars à une valorisation cible de 1 750 milliards. xAI représente environ 20 % de la valorisation de l'entité combinée — 250 des 1 250 milliards. Ce 20 % est entièrement adossé à la thèse que xAI va produire des modèles compétitifs, des revenus croissants et une position défendable dans la course à l'AGI.
Les analystes qui rédigeront les notes de couverture pre-IPO vont devoir répondre à une question simple : quelle est la valeur d'une équipe IA reconstruite de zéro, sans ses fondateurs, à trois mois de l'introduction en bourse ? La réponse n'est pas zéro — Colossus, le superordinateur de Memphis avec plus de 200 000 GPU H100, est réel. La distribution via X est réelle. Les contrats gouvernementaux avec le DoD et la GSA sont réels. Mais la prime de talent qui justifiait une partie de la valorisation de 250 milliards est partie recruter ailleurs, dans des environnements apparemment plus stables.
Meta offrirait des packages pouvant atteindre 300 millions de dollars sur quatre ans pour retenir des chercheurs en IA de haut niveau. Anthropic recrute. Google DeepMind recrute. Onze des douze fondateurs de xAI sont maintenant disponibles.
Musk a répondu à la pression du marché du talent en embauchant deux programmeurs de Cursor — Andrew Milich et Jason Ginsberg — la même semaine que les annonces de départ. SpaceX a également commandé une vague de licenciements dans les équipes de développement qui ne performaient pas sur les outils de codage. La logique est claire : remplacer les chercheurs-fondateurs par des ingénieurs d'exécution capables de livrer dans les délais IPO.
Si c'est suffisant pour tenir la valorisation de 250 milliards en roadshow, on le saura en juin.
TL;DR
Les 11 co-fondateurs de xAI sont partis. Musk reste seul, et l'IPO SpaceX approche.
- Ross Nordeen, dernier co-fondateur et bras droit opérationnel de Musk, quitte xAI fin mars 2026, complétant l'exode de la totalité de l'équipe fondatrice en moins de trois ans.
- Le départ s'accélère depuis la fusion SpaceX/xAI à 1 250 Md$ en février 2026 — et Musk a lui-même reconnu que la startup "n'avait pas été construite correctement dès le départ."
- xAI représente 250 Md$ sur 1 250 Md$ dans l'entité combinée qui vise une IPO en juin 2026 : les banques d'investissement en roadshow devront expliquer comment ce quart de trillion tient sa valeur sans aucun de ses bâtisseurs originaux.
Questions fréquentes
Pourquoi la totalité des co-fondateurs a-t-elle quitté xAI en si peu de temps?
Les témoignages disponibles pointent vers plusieurs facteurs convergents : un style de management extrêmement intensif (journées de 12 à 16 heures, réponse exigée en 30 minutes), une tension entre ambitions produit annoncées et résultats réels de Grok, et une restructuration post-fusion avec SpaceX qui a profondément modifié les lignes hiérarchiques et les missions de chacun. Pour des chercheurs de frontier AI qui avaient rejoint une startup en 2023, la perspective de travailler dans une division d'un conglomérat en pre-IPO est structurellement différente — et le marché du talent IA en 2026 leur offre des alternatives généreuses.
En quoi ces départs menacent-ils concrètement l'IPO SpaceX?
Ils ne bloquent pas l'IPO — les fondamentaux de SpaceX (Starlink, lanceurs réutilisables, contrats gouvernementaux) sont indépendants de l'équipe fondatrice de xAI. En revanche, xAI pèse 250 milliards dans la valorisation combinée de 1 250 milliards. Cette fraction est justifiée par la capacité future de xAI à produire des modèles compétitifs. Tout investisseur institutionnel en due diligence va quantifier le risque d'exécution lié à une équipe IA reconstruite en urgence avant le dépôt du S-1.
Musk peut-il réellement reconstruire xAI sans ses fondateurs avant juin 2026?
Techniquement, les actifs physiques — Colossus (200 000+ GPU H100), les data centers de Memphis, la distribution via X — sont intacts. Ce que Musk perd, c'est la mémoire institutionnelle des choix d'architecture, la crédibilité académique de l'équipe de recherche, et la continuité des feuilles de route produit. Il remplace par des ingénieurs d'exécution issus de SpaceX et Tesla. C'est un choix cohérent avec son style — mais c'est un pari sur la vitesse et la discipline industrielle dans un domaine où la recherche de pointe ne se substitue pas facilement.TECH4B2B — Le média critique de l'actualité tech destiné aux décideurs IT