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Mira Murati - Thinking Machines Lab : le discours de l'IA collaborative face au réel

Tech4B2B · · 3 min (mis à jour le )
Illustration : Mira Murati - Thinking Machines Lab : le discours de l'IA collaborative face au réel
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L'ancienne CTO d'OpenAI fonde un nouveau labo et promet une IA qui garde l'humain dans la boucle. Le positionnement est calibré pour se démarquer d'un écosystème obsédé par l'automatisation totale. Reste à savoir si le produit suivra la rhétorique, ou si c'est d'abord une opération de marque personnelle dans un marché saturé de fondateurs en quête de récit fondateur.

Mira Murati a quitté OpenAI en septembre 2024 après six ans, dont les dix-huit derniers mois comme CTO. Elle a annoncé dans la foulée la création de Thinking Machines Lab, un labo d'IA basé à New York. La levée de fonds initiale, bouclée début 2025, a atteint 2 milliards de dollars pour une valorisation de 10 milliards, selon les documents circulant dans le milieu du capital-risque. Le tour a été mené par Andreessen Horowitz et Sequoia Capital. Pour une structure sans produit public, c'est un ticket d'entrée qui dit quelque chose sur le poids du carnet d'adresses.

Dans un entretien publié par Wired, Murati pose la ligne éditoriale : elle ne veut pas automatiser les gens hors de leur emploi. Elle veut construire une IA qui collabore. « Nous ne voulons pas remplacer les humains. Nous voulons les amplifier. » Le vocabulaire est soigné. « Keep humans in the loop » est devenu un marqueur de positionnement autant qu'un principe d'ingénierie.

Le même lexique, d'autres bouches

Sam Altman utilisait la même formule en 2022, avant que la trajectoire commerciale d'OpenAI ne bascule vers l'automatisation des flux de travail complets. Satya Nadella parle de « copilote » depuis deux ans. Mustafa Suleyman, chez Microsoft AI, a écrit un livre entier sur l'idée d'une IA au service des humains avant de piloter une division dont l'objectif premier est l'intégration massive dans les outils de productivité. Le problème n'est jamais l'intention déclarée au lancement. C'est ce que la pression des investisseurs fait au discours une fois que le produit doit générer du revenu récurrent.

Murati emploie environ 60 personnes. Le labo a recruté lourdement chez Google DeepMind et Meta FAIR. Plusieurs chercheurs spécialisés en alignement et en interfaces homme-machine figurent dans l'équipe. Le bureau est installé dans le quartier de Flatiron, à Manhattan, à quelques blocs de l'ancien siège de Google New York.

Ce qui n'est pas dit

Aucun produit n'a été présenté. Aucune démonstration technique. Aucun partenariat client annoncé. Murati évoque des « outils de création » et des « systèmes de raisonnement collaboratif » sans donner de spécifications ni de calendrier. La seule indication concrète concerne l'entraînement de modèles fondationnels propriétaires, ce qui place Thinking Machines Lab en concurrence frontale avec OpenAI, Anthropic, Google DeepMind et xAI, pas dans une niche complémentaire.

Deux milliards de dollars pour entraîner des modèles fondationnels, c'est un budget qui couvre entre 12 et 18 mois de calcul intensif sur des clusters Nvidia de dernière génération, selon les estimations courantes du secteur. Après quoi, il faudra lever à nouveau ou avoir trouvé un modèle commercial.

Le marché des modèles fondationnels a vu ses coûts d'entraînement exploser. Meta a dépensé plus de 30 milliards de dollars en infrastructure IA en 2024. OpenAI brûle plusieurs milliards par an et ne prévoit pas la rentabilité avant 2029 au plus tôt. Anthropic a levé 7,3 milliards en moins de deux ans. Thinking Machines Lab entre dans cette course avec un capital significatif mais largement inférieur à celui de ses concurrents directs.

L'avantage du récit

Murati bénéficie d'un atout que l'argent ne fabrique pas : elle était la voix technique d'OpenAI pendant la période où le produit est passé de curiosité de recherche à phénomène de masse. Elle a présenté GPT-4 en mars 2023. Elle était CTO lors du psychodrame du conseil d'administration en novembre 2023, brièvement nommée CEO intérimaire avant le retour d'Altman. Son départ a été interprété dans la presse comme un désaccord stratégique, même si elle n'a jamais confirmé publiquement cette lecture.

Yann LeCun, directeur scientifique de Meta AI, a commenté lors d'une conférence en avril que « chaque ancien dirigeant d'OpenAI fonde un labo avec un discours sur la sécurité ou la collaboration, et chaque labo finit par faire exactement la même chose que les autres ». Il parlait du secteur en général, mais le timing était difficile à ignorer.

Du côté des DSI, la promesse de l'humain dans la boucle a un écho concret : les entreprises qui déploient des systèmes d'IA générative en production constatent que les modèles sans supervision humaine génèrent des erreurs coûteuses. Selon une enquête Gartner publiée en mars 2025, 58 % des projets d'IA générative déployés en entreprise incluent une étape de validation humaine obligatoire. Le marché n'attend pas que Mira Murati lui dise de garder l'humain dans la boucle. Il le fait déjà, par nécessité opérationnelle.

Thinking Machines Lab n'a pas de client. Pas de benchmark publié. Pas de modèle en accès anticipé. Ce qui existe, c'est une fondatrice avec une crédibilité technique réelle, une équipe solide, un financement conséquent et un discours que le marché a envie d'entendre. C'est exactement la configuration dans laquelle se trouvait Anthropic en 2021.

« Je veux que nos outils rendent les gens meilleurs dans ce qu'ils font, pas qu'ils les remplacent », dit Murati. Dario Amodei disait la même chose en quittant OpenAI.

Anthropic vend aujourd'hui des API d'automatisation à des entreprises qui s'en servent pour réduire leurs effectifs de support client.

TL;DR

L'ex-CTO d'OpenAI crée Thinking Machines Lab avec 2 milliards de dollars et un discours centré sur la collaboration humain-IA, mais sans produit ni calendrier.

  • Thinking Machines Lab a levé 2 milliards pour une valorisation de 10 milliards, portée par Andreessen Horowitz et Sequoia, sans avoir montré le moindre produit.
  • Le positionnement « human-in-the-loop » est un marqueur de différenciation discursif : les mêmes mots ont été utilisés par chaque fondateur de labo IA avant que la pression commerciale ne réaligne les priorités.
  • Pour les DSI, la vraie question n'est pas le récit de lancement mais la capacité à livrer des outils exploitables en production face à des concurrents qui ont deux à trois ans d'avance.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que Thinking Machines Lab compte produire concrètement?

Rien n'a été annoncé publiquement. Murati évoque des modèles fondationnels propriétaires et des outils de raisonnement collaboratif, sans spécification technique ni date de disponibilité. Le labo en est au stade du recrutement et de l'infrastructure.

En quoi cette initiative se différencie-t-elle d'Anthropic ou d'autres labos fondés par d'anciens d'OpenAI?

Pour l'instant, uniquement par le discours. Le positionnement sur la collaboration humain-IA est similaire à celui d'Anthropic à ses débuts. La différenciation réelle dépendra du produit, de l'architecture technique et du modèle commercial, autant d'éléments absents à ce stade.

Quel impact pour les entreprises qui déploient déjà de l'IA générative?

À court terme, aucun. Thinking Machines Lab n'a pas de produit disponible. Si le labo parvient à sortir des outils conçus dès l'origine pour intégrer la supervision humaine de manière fluide, cela pourrait répondre à un besoin réel : la majorité des déploiements entreprise incluent déjà une validation humaine, souvent bricolée par-dessus des outils qui n'ont pas été pensés pour.

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