Le commissaire à l'énergie de l'UE pose ses conditions aux data centers

Dan Jørgensen, commissaire européen à l'énergie, a posé la condition dans un entretien : les entreprises qui veulent capter le boom de l'IA en Europe y sont bienvenues, mais seulement si elles démontrent leur engagement envers les objectifs énergétiques, climatiques et environnementaux du bloc. Soutien aux renouvelables et au nucléaire plutôt qu'aux fossiles. Récupération de la chaleur excédentaire des serveurs pour chauffer logements et bâtiments.
« Nous regardons une décennie où la consommation d'énergie des data centers en Europe peut facilement doubler, peut-être davantage. » Les data centers consomment déjà environ 3% de l'électricité de l'Union.
La Commission dispose de peu de données sur la consommation énergétique réelle des data centers.
Ces deux phrases coexistent dans le même dossier. Le label de durabilité que Bruxelles s'apprête à adopter, dans le cadre d'un paquet « souveraineté technologique », doit précisément introduire un schéma de notation pour rendre visible la façon dont les data centers utilisent électricité et eau. On légifère sur une consommation qu'on ne mesure pas encore.
Sur la chaleur fatale, Jørgensen est précis : « Si nous utilisions seulement la moitié de la chaleur excédentaire perdue aujourd'hui, nous pourrions chauffer 4 millions de foyers européens. C'est, à mon sens, inacceptable. » Interrogé sur le point de savoir si les entreprises d'IA devraient aider à financer l'infrastructure énergétique de leurs data centers, il a répondu que l'approche dépendrait des gouvernements nationaux.
Neutralité technologique
Le label a déjà fâché. Dix États membres — dont la Suède, la Finlande, la Slovaquie, la Tchéquie, la Croatie, la Roumanie, la Hongrie — ont écrit à la direction générale de l'Énergie pour avertir que les changements proposés sous la directive efficacité énergétique « ne respectent pas le principe de neutralité technologique », parce qu'ils favorisent les renouvelables sur le nucléaire, alors que les deux sont décarbonés. Selon la lettre, des responsables de la Commission ont fait valoir lors des discussions techniques qu'il n'existait pas de mandat politique pour promouvoir des sources bas-carbone autres que les renouvelables.
L'industrie attaque par l'autre flanc, jugeant que la version provisoire du texte finirait par tuer les investissements dont le secteur a besoin.
Le boom de l'IA dope la construction de data centers, avec les États-Unis et la Chine en tête des installations nécessaires pour les grands modèles de langage. La part européenne dans la capacité mondiale de data centers décline, selon des données présentées par l'Agence internationale de l'énergie lors d'une réunion à Bruxelles fin 2025. L'UE veut rattraper son retard tout en imposant des conditions d'entrée — deux objectifs que le label tente de tenir ensemble.
Google et Microsoft ont chacun publié des rapports examinant comment le nucléaire avancé, parmi d'autres sources propres, peut servir leurs objectifs commerciaux et de durabilité. La technologie que dix États membres demandent à Bruxelles de reconnaître comme durable est déjà celle vers laquelle les hyperscalers américains se tournent.
Jørgensen a posé l'alternative : « S'ils voient [la durabilité] comme un désavantage, alors nous sommes probablement dans une mauvaise position. »
TL;DR
Bruxelles conditionne l'accès au marché de l'IA à des engagements climat, via un label data centers que l'industrie et dix États membres contestent déjà.
- Jørgensen exige renouvelables, nucléaire et récupération de chaleur fatale ; la consommation des data centers pourrait doubler en dix ans, à partir de 3% de l'électricité de l'UE.
- Le label de durabilité, adopté dans le paquet souveraineté technologique, favorise les renouvelables et exclut le nucléaire — dix États membres invoquent la neutralité technologique, l'industrie redoute un gel des investissements.
- La Commission reconnaît disposer de peu de données sur la consommation réelle qu'elle entend réguler.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qui devient contraignant pour un opérateur de data center ?
Les sites de 500 kW et plus doivent reporter annuellement PUE, WUE, ERF et REF. Le label ajoute une notation visible ; la question des standards de performance minimaux reste à trancher.
Pourquoi le statut du nucléaire bloque-t-il ?
Le texte provisoire valorise les renouvelables sans reconnaître le nucléaire comme durable, alors que les deux sont décarbonés. Dix États membres y voient une rupture de neutralité technologique, sur une source que les hyperscalers ciblent déjà.
Une DSI hors UE est-elle concernée ?
Oui dès qu'elle opère ou contracte de la capacité en Europe. Le pitch de Jørgensen fait de l'engagement climat une condition d'accès, et le coût de la conformité dépendra des arbitrages nationaux sur le financement de l'infrastructure.