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HPE lance un serveur sous CPU NVIDIA Vera : le pari d'un hyperscaler qui n'a plus envie de vendre du rack

Tech4B2B · · 5 min (mis à jour le )
Illustration : HPE lance un serveur sous CPU NVIDIA Vera : le pari d'un hyperscaler qui n'a plus envie de vendre du rack
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Hewlett Packard Enterprise dévoile le ProLiant Compute XL675g, premier serveur à embarquer le CPU Arm NVIDIA Vera Rubin couplé aux GPU Rubin Ultra. La machine cible les workloads d'IA agentique. Derrière l'annonce, HPE poursuit un repositionnement engagé depuis le rachat de Juniper : devenir le fournisseur d'infrastructure complète pour l'IA, du silicium au logiciel. Reste à savoir si les DSI achèteront la promesse d'un CPU serveur NVIDIA quand Intel et AMD occupent encore plus de 99 % du marché x86 datacenter.

Le serveur s'appelle ProLiant Compute XL675g. HPE l'a présenté lors du Computex 2025, à Taipei, quelques heures après le keynote de Jensen Huang. Il embarque le CPU NVIDIA Vera — architecture Arm, pas x86 — et les GPU Rubin Ultra de nouvelle génération. La disponibilité est prévue pour le second semestre 2026.

C'est la première fois qu'un serveur ProLiant sort sans processeur Intel ou AMD. La gamme ProLiant existe depuis 1993. Trente-deux ans d'architecture x86 ininterrompue.

Vera

Le CPU Vera est le premier processeur serveur conçu par NVIDIA. 72 coeurs Arm, connecté aux GPU via NVLink C2C à très haute bande passante — NVIDIA revendique 3 600 Go/s entre CPU et GPU. Le pitch est simple : supprimer le goulet d'étranglement entre le processeur hôte et les accélérateurs dans les clusters d'inférence massivement parallèles. NVIDIA parle d'un seul « domaine de cohérence mémoire » entre CPU et GPU, ce qui en théorie élimine les copies de données qui ralentissent les pipelines d'IA agentique.

En théorie. Le CPU Grace, annoncé en 2021 pour des promesses similaires, a mis trois ans à arriver dans des machines de production. Et il reste marginal dans les datacenters d'entreprise. Les hyperscalers — Microsoft, Google, Amazon — ont leurs propres puces Arm. Les entreprises classiques n'ont pas bougé.

HPE positionne le XL675g sur les workloads d'IA agentique, un terme que la marque utilise désormais dans chaque slide de présentation depuis le HPE Discover de juin 2024. L'idée : des systèmes d'agents autonomes qui enchaînent raisonnement, accès à des outils externes et actions, avec des exigences de latence incompatibles avec les allers-retours CPU-GPU traditionnels.

14 milliards

HPE a bouclé le rachat de Juniper Networks pour 14 milliards de dollars en mars 2025. L'opération a doublé la taille de la division réseau du groupe. Antonio Neri, le CEO, répète depuis que HPE vend désormais « l'infrastructure complète pour l'IA, du réseau au compute au stockage au logiciel ». Le XL675g s'insère dans cette narration.

Le revenu serveur d'HPE au Q2 2025 fiscal (clos en avril) a progressé de 28 % sur un an, tiré par les ventes de systèmes GPU. La marge brute de la division Compute reste sous pression : 10,2 % de marge opérationnelle, contre plus de 15 % pour la division réseau historique. HPE vend du GPU NVIDIA avec des marges de distributeur, pas d'éditeur.

Passer à un serveur tout-NVIDIA — CPU et GPU — ne résout pas ce problème. Cela l'aggrave potentiellement : la dépendance à un fournisseur unique de silicium réduit le levier de négociation. Dell, sur le même segment, maintient une stratégie multi-fournisseur et a annoncé au même Computex des serveurs Vera mais aussi des configurations avec CPU AMD Turin et GPU AMD Instinct MI400.

Arm au datacenter

La part de marché des processeurs Arm dans les serveurs atteint environ 15 % en volume de puces livrées aux hyperscalers, selon les données de Counterpoint Research au Q1 2025. Mais dans les entreprises — le coeur de la base installée HPE — cette part reste inférieure à 2 %. Les applications métier, les middlewares, les stacks de virtualisation tournent sur x86. Migrer un parc vers Arm suppose un effort de requalification logicielle que la plupart des DSI européens n'ont pas budgété.

HPE présente le XL675g comme un serveur dédié IA, pas comme un remplacement des ProLiant x86 généralistes. La nuance est importante : il ne s'agit pas de faire basculer le datacenter, mais d'ajouter un type de noeud spécialisé dans le cluster. Le problème, c'est que ce noeud spécialisé ne fonctionne qu'avec l'écosystème logiciel NVIDIA — CUDA, NVLink, NIM microservices. Le verrouillage est architectural, pas commercial.

Le XL675g est aussi intégré à HPE Private Cloud AI, la plateforme clé en main que HPE vend avec NVIDIA depuis 2024. Les premiers déploiements de Private Cloud AI ont ciblé des grands comptes nord-américains — financiers et pharmaceutiques pour l'essentiel. HPE n'a communiqué aucun volume de vente. En Europe, les premières références clients publiques se comptent sur les doigts d'une main.

Ce que Jensen n'a pas dit

Sur scène à Taipei, Jensen Huang a montré la roadmap Vera comme une évidence : après Grace, Vera. Après Blackwell, Rubin. Il n'a pas mentionné le taux d'adoption de Grace Hopper dans les datacenters d'entreprise. Il n'a pas non plus mentionné que Qualcomm, Ampere et Amazon Graviton occupent déjà le segment Arm datacenter avec des écosystèmes logiciels ouverts, là où Vera reste soudé à CUDA.

Fares Mubarak, vice-président senior de la division Compute chez HPE, a déclaré lors du briefing presse : « Ce serveur représente une rupture dans notre façon de concevoir l'infrastructure de calcul. Nous ne construisons plus un serveur autour d'un CPU avec des accélérateurs en périphérie — nous construisons un système de calcul unifié où le CPU et le GPU forment un seul tissu. » La salle comptait une cinquantaine de journalistes, principalement asiatiques et américains. Trois analystes européens.

Un dirigeant de Dell Technologies, interrogé en marge du même salon, a résumé l'approche différemment : « Nos clients veulent du choix de silicium, pas un mariage forcé. On supporte Vera, on supporte AMD, on supporte Intel. Le serveur doit rester agnostique. »

HPE fait le choix inverse. Le XL675g est un serveur NVIDIA de bout en bout, fabriqué par HPE. La question est de savoir si les DSI y voient un avantage technique ou une captivité supplémentaire.

La date de disponibilité — second semestre 2026 — laisse au marché dix-huit mois pour décider. D'ici là, AMD prévoit de livrer ses propres CPU Arm pour datacenter, et Intel aura lancé Clearwater Forest en Xeon 6 avancé. Le paysage ne sera pas le même.

HPE a également annoncé à Computex un refroidissement liquide direct intégré au châssis du XL675g. Le TDP combiné CPU+GPU du système n'a pas été communiqué.

TL;DR

HPE dévoile son premier serveur ProLiant sans processeur x86 : le XL675g embarque un CPU Arm NVIDIA Vera couplé aux GPU Rubin Ultra, ciblant l'IA agentique, avec une disponibilité prévue au second semestre 2026.

• Premier ProLiant tout-NVIDIA (CPU Vera + GPU Rubin Ultra), interconnectés via NVLink C2C à 3 600 Go/s, conçu pour les workloads d'inférence multi-agents.

• HPE accentue sa dépendance à NVIDIA en sortant de trente-deux ans de x86 exclusif, là où Dell maintient une stratégie multi-fournisseur avec AMD et Intel en alternatives.

• Le CPU Arm en datacenter d'entreprise reste sous 2 % de part de marché — la requalification logicielle nécessaire freine l'adoption hors hyperscalers.

Questions fréquentes

En quoi le CPU NVIDIA Vera diffère-t-il de Grace, déjà disponible ?

Vera est la génération suivante du CPU Arm datacenter de NVIDIA, avec 72 coeurs et une interconnexion NVLink C2C à 3 600 Go/s vers les GPU Rubin Ultra. Grace, sorti en 2023-2024, ciblait les mêmes promesses de cohérence mémoire mais avec une bande passante inférieure et un couplage avec les GPU Hopper. L'adoption de Grace en entreprise est restée marginale.

Quelles conséquences pour les DSI qui ont standardisé leur parc sur x86 ?

Le XL675g ne remplace pas les serveurs x86 existants. Il s'ajoute comme noeud spécialisé IA dans le cluster. Mais il impose l'écosystème logiciel NVIDIA complet (CUDA, NIM), ce qui crée une dépendance architecturale forte. Les DSI devront évaluer si le gain de performance sur les workloads agentiques justifie un verrouillage accru.

Le marché proposera-t-il des alternatives Arm concurrentes d'ici la sortie du XL675g ?

Oui. AMD prévoit ses propres CPU Arm datacenter avant fin 2026. Ampere continue de livrer des serveurs Arm avec un écosystème ouvert. Amazon Graviton domine déjà le segment chez les hyperscalers. Le XL675g arrivera dans un marché Arm plus concurrentiel qu'aujourd'hui, mais sera le seul à offrir l'intégration NVLink native avec les GPU NVIDIA.

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