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Flexera 2025 : où partent vraiment les budgets cloud des entreprises

Tech4B2B · · 5 min (mis à jour le )
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Le rapport annuel Flexera State of the Cloud 2025 redistribue les cartes des dépenses cloud déclarées par les entreprises. Azure creuse l'écart sur AWS en adoption déclarée, Oracle progresse à un rythme que ses revenus IaaS ne reflètent pas encore, et les DSI continuent de dire qu'ils veulent optimiser leurs coûts — comme chaque année depuis 2018.

Flexera a interrogé 753 décideurs IT à travers le monde, principalement dans des organisations de plus de 1 000 employés. L'enquête porte sur les usages déclarés, pas sur les revenus facturés — une distinction que le rapport lui-même ne met pas particulièrement en avant. Les résultats couvrent l'adoption, les dépenses prévues et les workloads en production sur les principaux clouds publics.

Azure, encore

Pour la troisième année consécutive, Microsoft Azure arrive en tête des clouds publics les plus utilisés par les répondants. 72 % déclarent l'utiliser, contre 66 % pour AWS. L'écart était de deux points il y a deux ans. Google Cloud Platform se maintient à 42 %, stable. Ce qui frappe, c'est moins la domination d'Azure que la stagnation d'AWS dans cette métrique spécifique — une métrique d'adoption déclarée, pas de revenus. AWS reste largement leader en chiffre d'affaires IaaS avec 80 milliards de dollars annualisés au Q1 2025. Azure ne publie toujours pas de chiffre isolé pour son IaaS.

L'effet Copilot et l'intégration Microsoft 365 jouent. Beaucoup d'organisations qui se déclarent utilisatrices d'Azure le sont d'abord via des services managés liés à leur licence Enterprise Agreement, pas nécessairement via du compute pur. Le rapport Flexera ne distingue pas ces deux réalités.

Oracle, +7 points

La progression d'Oracle Cloud Infrastructure est la plus spectaculaire du rapport : de 22 % à 29 % d'adoption déclarée en un an. Larry Ellison martèle depuis 2023 que l'IA générative pousse les clients vers OCI, notamment via les partenariats avec Nvidia et les clusters GPU à grande échelle. Les contrats signés avec OpenAI et xAI pour de la capacité GPU alimentent ce discours. Oracle a annoncé 130 milliards de dollars d'obligations de performance restantes au dernier trimestre — un carnet de commandes record.

Mais le revenu cloud réel d'Oracle reste à 6,3 milliards sur l'exercice fiscal 2025, loin derrière les trois hyperscalers. Et une partie de cette adoption déclarée dans Flexera peut refléter des migrations de bases de données Oracle existantes vers OCI, poussées par des politiques de licensing qui rendent le maintien on-premise de plus en plus coûteux. Les DSI qui déclarent utiliser OCI n'y exécutent pas forcément des workloads diversifiés.

IBM Cloud, à 16 %, ne bouge presque pas. IBM a recentré sa stratégie autour de watsonx et du consulting IA, pas autour de la conquête IaaS. Le rapport Flexera confirme ce que le marché savait déjà.

L'éternel chantier FinOps

82 % des répondants citent l'optimisation des coûts cloud comme leur priorité. En 2023, c'était 82 %. En 2022, 81 %. Le chiffre ne change pas parce que le problème ne se résout pas — ou parce que la question Flexera invite structurellement cette réponse. Les entreprises déclarent dépasser leur budget cloud de 18 % en moyenne. Elles estiment aussi gaspiller 28 % de leurs dépenses. Les deux chiffres sont autodéclarés, non vérifiés.

Gartner estime le gaspillage cloud global entre 25 et 35 % selon les segments, ce qui recadre la donnée Flexera dans la fourchette basse. Plusieurs éditeurs FinOps — Apptio (racheté par IBM), CloudHealth, Spot by NetApp — utilisent ces rapports pour justifier leur existence. Flexera vend aussi des outils d'optimisation cloud. L'enquête qui démontre le problème est produite par un acteur qui vend la solution.

Multi-cloud : tout le monde, partout

89 % des organisations déclarent une stratégie multi-cloud. 73 % se disent en approche hybride. Ces chiffres sont élevés, et stables depuis trois ans. Ce qu'ils masquent : multi-cloud ne signifie pas portabilité. Dans la majorité des cas, cela signifie Azure pour la bureautique et l'identité, AWS pour le compute et les données, et un troisième cloud pour un cas d'usage spécifique — base de données Oracle, analytics GCP, ou cluster GPU ponctuel.

Un DSI d'un groupe industriel français du CAC 40 résumait récemment la situation : « On est multi-cloud par accident, pas par stratégie. On a trois factures, trois équipes, trois jeux de compétences, et un seul budget qu'on n'arrive pas à consolider. » Le rapport Flexera confirme le constat sans proposer de grille de lecture sur la profondeur réelle de cette diversification.

L'IA comme ligne budgétaire

Pour la première fois dans l'édition 2025, Flexera isole les dépenses liées à l'IA dans le cloud. 49 % des répondants déclarent exécuter des workloads IA/ML en production dans le cloud public. 67 % prévoient d'augmenter ces dépenses dans les douze prochains mois. Les chiffres sont compatibles avec ce que rapportent AWS (croissance à trois chiffres d'Amazon Bedrock) et Azure (revenus IA annualisés à 13 milliards selon Microsoft).

Ce que le rapport ne mesure pas : combien de ces workloads IA sont en production réelle avec un ROI documenté, et combien sont encore des expérimentations budgétées comme de la production. La distinction compte. McKinsey estimait fin 2024 que seuls 11 % des projets d'IA générative en entreprise avaient atteint un déploiement à grande échelle.

L'enquête a été réalisée entre janvier et février 2025. Les tarifs GPU ont baissé de 15 à 25 % chez les trois hyperscalers entre mars et juin 2025, ce qui pourrait modifier les projections de dépenses des répondants si l'enquête était refaite aujourd'hui.

Ce que dit le rapport, et ce qu'il ne dit pas

Flexera produit chaque année le rapport d'enquête cloud le plus cité dans les présentations de comités de direction. Sa valeur est réelle : c'est l'un des rares baromètres transversaux qui ne soit pas produit directement par un hyperscaler. Mais c'est un sondage déclaratif auprès de décideurs qui ont intérêt à déclarer qu'ils sont modernes, multi-cloud et soucieux de leurs coûts. Les biais de désirabilité sociale ne sont pas corrigés.

Le panel de 753 répondants est dominé par des entreprises nord-américaines de grande taille. Les résultats ne reflètent pas les pratiques des ETI européennes, où le cloud souverain et les contraintes réglementaires pèsent différemment. Pour un DSI français, la question n'est pas de savoir si Azure est plus adopté qu'AWS en général — c'est de savoir dans quel cadre contractuel, avec quelles garanties de localisation des données, et à quel coût réel après négociation EA.

Le rapport sera téléchargé 50 000 fois. Il alimentera des centaines de slides chez les intégrateurs et les cabinets de conseil. Il sera cité dans des appels d'offres comme preuve que le multi-cloud est la norme. Les données sont utiles. La manière dont elles seront utilisées le sera moins.

TL;DR

Le rapport Flexera 2025 confirme la domination d'Azure en adoption déclarée, la montée d'Oracle Cloud et l'obsession FinOps — mais les biais déclaratifs et le positionnement commercial de Flexera invitent à lire les chiffres avec prudence.

  • Azure à 72 % d'adoption déclarée contre 66 % pour AWS — l'écart se creuse en perception mais AWS reste loin devant en revenus IaaS réels.
  • Oracle Cloud bondit de 7 points à 29 %, porté par les contrats GPU et les migrations de bases de données — son chiffre d'affaires cloud reste six fois inférieur à celui d'AWS.
  • 82 % des répondants citent l'optimisation des coûts comme priorité, un chiffre identique depuis trois ans, dans un rapport produit par un éditeur qui vend des outils d'optimisation.

Questions fréquentes

Le rapport Flexera mesure-t-il les dépenses réelles ou les déclarations d'usage?

Il s'agit de déclarations d'usage et d'intentions budgétaires collectées par sondage auprès de 753 décideurs IT, majoritairement nord-américains. Ce ne sont pas des données de facturation. L'écart entre adoption déclarée et revenus réels peut être significatif, comme le montre le cas Azure vs AWS.

La progression d'Oracle Cloud est-elle durable ou conjoncturelle?

Elle repose sur deux moteurs : les contrats GPU liés à l'IA générative et les migrations forcées par les politiques de licensing Oracle. Le premier est lié à un cycle d'investissement qui peut ralentir. Le second crée de l'adoption captive, pas de l'adhésion. Le carnet de commandes d'Oracle est record, mais la conversion en revenus récurrents reste à prouver.

Ces résultats sont-ils applicables aux entreprises françaises et européennes?

Partiellement. Le panel est dominé par les grandes entreprises nord-américaines. Les contraintes réglementaires européennes (RGPD, cloud souverain, localisation des données) et les structures de négociation contractuelles spécifiques aux EA Microsoft ou aux accords-cadres UGAP ne sont pas reflétées dans les chiffres Flexera.

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