← AI War Room
Hardware & Chipsets

Cisco supprime 3 700 postes et réorganise ses équipes autour de l'IA et de la sécurité

Tech4B2B · · 2 min (mis à jour le )
Illustration : Cisco supprime 3 700 postes et réorganise ses équipes autour de l'IA et de la sécurité
  • Sujet: Cisco supprime 3 700 postes et réorganise ses équipes autour de l'IA et de la sécurité
  • Date:
Cisco vient d'annoncer la suppression de près de 3 700 postes, soit environ 5 % de ses effectifs mondiaux. La direction présente cette coupe comme un réalignement stratégique vers l'intelligence artificielle et la sécurité. C'est le deuxième plan social massif en moins d'un an pour l'équipementier de San Jose, après les 4 000 suppressions annoncées en août 2024.Derrière le discours sur la transformation, les chiffres racontent une histoire plus prosaïque : celle d'un géant du réseau dont le cœur de métier historique — le switching et le routing d'entreprise — génère moins de croissance, et qui cherche à redéployer ses marges vers des segments où il n'est pas encore dominant.

Chuck Robbins, CEO de Cisco, a confirmé les suppressions dans un message interne diffusé aux employés le 5 février 2025. Le texte, dont des extraits ont circulé dans la presse américaine dans l'heure, parle de « recentrer les investissements sur les grandes opportunités » et de « simplifier le modèle opérationnel ». Les postes touchés couvrent plusieurs divisions, sans ventilation géographique précise rendue publique à ce stade.

Les équipes concernées incluent notamment des fonctions liées au networking traditionnel et à certaines branches de la collaboration, selon plusieurs témoignages d'employés sur des forums professionnels. En parallèle, Cisco recrute activement sur des profils IA, machine learning et ingénierie sécurité — le site carrières de l'entreprise affichait plus de 900 postes ouverts aux États-Unis la semaine suivant l'annonce, majoritairement dans ces deux domaines.

Deux plans en dix mois

En août 2024, Cisco avait déjà supprimé environ 4 000 postes, également présentés comme un « pivot vers l'IA ». Le même vocabulaire, la même promesse de réinvestissement. À l'époque, Chuck Robbins évoquait la nécessité de « mieux positionner Cisco pour l'ère de l'intelligence artificielle ». Près de 7 700 emplois supprimés en dix mois, pour un effectif total qui tournait autour de 84 000 personnes fin 2024.

Le chiffre d'affaires du premier trimestre fiscal 2025 (clos en octobre 2024) était de 13,8 milliards de dollars, en baisse de 6 % sur un an. La division networking, encore majoritaire dans les revenus, reculait de 23 %. La sécurité, elle, bondissait de 100 % — mais partait d'une base plus étroite, portée par l'intégration de Splunk, racheté pour 28 milliards de dollars en mars 2024.

Le doublement du chiffre d'affaires sécurité est spectaculaire sur le papier. Mais il faut rappeler que Splunk représentait environ 960 millions de dollars de revenus annuels avant acquisition. Retiré l'effet Splunk, la croissance organique de la sécurité chez Cisco se situe dans une fourchette nettement plus modeste — l'entreprise ne communique pas le détail.

Le réseau comme commodité

La baisse persistante du networking chez Cisco reflète une tendance de fond. Les entreprises ont sur-commandé des équipements réseau en 2022-2023, pendant la crise des composants. Les inventaires se résorbent lentement. Mais derrière ce cycle d'absorption, il y a un mouvement structurel : le réseau campus et data center se banalise. Arista continue de grignoter des parts dans le data center à haute performance. Juniper, en cours de rachat par HPE pour 14 milliards de dollars — si les autorités de concurrence l'autorisent — se positionne sur l'IA networking avec Apstra et une pile AIOps intégrée.

Cisco a longtemps dominé parce qu'on n'avait pas le choix. Les DSI qui renouvellent aujourd'hui leurs infrastructures réseau campus ou SD-WAN ont des alternatives crédibles — Fortinet en SD-WAN sécurisé, HPE-Aruba en campus, les solutions cloud-native de Versa ou Cato Networks pour les architectures SASE. La prime de marque Cisco ne suffit plus à verrouiller les budgets.

Le bureau de Cisco à Building 10, sur le campus de San Jose, a été vidé de son équipe collaboration unifiée en décembre 2024. Le bâtiment accueille désormais des équipes IA rattachées au groupe Outshift. Un déménagement physique qui résume la logique comptable : les mètres carrés suivent les dollars.

IA : le discours et le produit

Cisco a lancé l'AI Assistant dans Webex, intégré des fonctions de détection de menaces augmentées par IA dans ses firewalls, et annoncé un investissement d'un milliard de dollars dans l'IA via son fonds d'investissement en juin 2024. Le discours est cohérent. Le problème, c'est que tout le monde tient le même discours.

Palo Alto Networks, principal rival en sécurité, a lui aussi restructuré ses équipes commerciales début 2024 pour se recentrer sur la « platformisation » et l'IA-driven security. Fortinet intègre des fonctions GenAI dans FortiAnalyzer depuis fin 2024. CrowdStrike pousse Falcon avec des modèles de détection IA natifs. Sur le terrain du client final, la différence entre une fonctionnalité IA réelle et un label marketing reste floue. Un RSSI d'un groupe industriel français du CAC 40 résumait la situation en janvier lors d'un événement closed-door : « Tous les vendeurs me parlent d'IA. Aucun ne m'a encore montré un ROI mesurable sur la détection. »

Cisco ne publie pas de chiffre de revenus directement attribuable à ses produits estampillés IA. Ni le nombre de clients en production sur ses solutions AI-native networking. La promesse est là. Les preuves de traction en entreprise, moins.

Splunk, l'actif clé

L'acquisition de Splunk reste le mouvement le plus lisible de la stratégie Cisco. Splunk apporte une base installée massive dans l'observabilité et le SIEM, un modèle de revenus récurrents logiciels, et une crédibilité auprès des équipes SOC que Cisco n'avait pas seul. L'intégration progresse — les premières offres combinant Splunk et la télémétrie réseau Cisco sont disponibles depuis fin 2024.

Mais 28 milliards de dollars, c'est un prix qui suppose une exécution sans faille. Splunk était déjà en concurrence frontale avec Elastic, Datadog, et les solutions SIEM cloud-native de Microsoft (Sentinel) et Google (Chronicle). L'intégration dans l'écosystème Cisco pourrait autant fidéliser les clients existants que les pousser à réévaluer leurs options — les licences Splunk sont notoirement coûteuses, et l'ajout d'une couche Cisco ne simplifie pas forcément la facture.

Chuck Robbins, lors de l'earnings call de novembre 2024 : « Splunk est au cœur de notre stratégie de plateforme sécurité et observabilité. Les synergies de revenus commencent à se matérialiser. » Il n'a pas donné de chiffre de cross-sell ni de taux de rétention des clients Splunk post-acquisition.

Ce que les DSI regardent

Pour un directeur des systèmes d'information ou un responsable infrastructure, la restructuration Cisco pose des questions opérationnelles immédiates. Les équipes support et ingénierie avant-vente vont-elles être impactées ? Les roadmaps produit sur le networking traditionnel vont-elles ralentir ? Cisco a historiquement maintenu un support de qualité sur ses gammes Catalyst et Nexus, mais les coupes répétées créent une incertitude légitime sur la profondeur du bench technique.

Les contrats enterprise pluriannuels — Cisco pousse fortement les EA (Enterprise Agreements) — protègent les clients existants à court terme. Mais au renouvellement, la question se posera : est-ce que Cisco investit encore dans le réseau campus avec la même intensité, ou est-ce que le gros des ressources part sur la sécurité et l'IA, laissant le networking en mode maintenance ?

Cisco a annoncé une guidance de chiffre d'affaires pour le Q2 FY2025 entre 13,75 et 13,95 milliards de dollars, légèrement au-dessus des attentes. Wall Street a applaudi — le titre a pris 4 % dans les échanges after-hours. Les marchés financiers rémunèrent les coupes d'effectifs quand elles s'accompagnent d'un discours IA. Les clients, eux, ne fonctionnent pas sur des horizons trimestriels.


Cisco reste le premier fournisseur mondial d'équipements réseau d'entreprise, avec une part de marché switching estimée autour de 40 %. Cette position ne s'effondre pas en un trimestre. Mais l'enchaînement de deux restructurations massives en moins d'un an, le recul organique du networking, et le pari sur un segment sécurité dont la croissance est artificiellement gonflée par une acquisition à 28 milliards — tout cela dessine un Cisco en transition, pas un Cisco transformé.

TL;DR

Cisco supprime 3 700 postes supplémentaires et réoriente ses investissements vers l'IA et la sécurité, dix mois après un premier plan social de 4 000 départs — le networking historique recule pendant que la croissance sécurité repose largement sur l'intégration de Splunk.

  • Près de 7 700 postes supprimés en dix mois, soit environ 9 % des effectifs, tandis que Cisco recrute activement sur des profils IA et cybersécurité.
  • Le chiffre d'affaires networking a chuté de 23 % au dernier trimestre, et la hausse de 100 % en sécurité est principalement portée par l'intégration de Splunk (racheté 28 Mds $), pas par de la croissance organique.
  • Pour les DSI, la question concrète est la continuité d'investissement de Cisco sur le réseau campus et data center — les alternatives crédibles (Arista, HPE-Aruba, Fortinet) n'ont jamais été aussi nombreuses.

Questions fréquentes

Les suppressions de postes chez Cisco vont-elles affecter le support technique et les roadmaps produit réseau?

Cisco n'a pas détaillé la répartition des coupes par division. Mais deux plans sociaux massifs en dix mois créent une incertitude sur la profondeur des équipes R&D et support networking. Les clients sous Enterprise Agreement sont protégés contractuellement à court terme, mais les renouvellements seront l'occasion de réévaluer l'engagement réel de Cisco sur ses gammes historiques.

La croissance de 100 % en sécurité chez Cisco est-elle réellement organique?

Non. Elle intègre les revenus de Splunk, racheté pour 28 milliards de dollars en mars 2024 et consolidé depuis. Splunk représentait environ 960 millions de dollars de revenus annuels avant acquisition. La croissance organique sécurité de Cisco, hors Splunk, est significativement plus basse — le groupe ne communique pas la ventilation.

Qu'est-ce que cette restructuration change pour les décideurs IT qui évaluent leurs fournisseurs réseau et sécurité?

Elle confirme que le réseau d'entreprise traditionnel n'est plus le moteur de croissance de Cisco. Les DSI engagés sur des cycles de renouvellement infrastructure ont intérêt à évaluer la roadmap Cisco networking avec un regard critique, et à inclure systématiquement des alternatives — Arista en data center, HPE-Aruba en campus, Fortinet ou Cato Networks en SASE — dans leurs shortlists.

Le brief tech qui compte
Chaque matin à 7h, les 5 signaux tech B2B à ne pas manquer.