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29 % : le chiffre que l'Europe ne veut pas regarder en face

Tech4B2B · · 3 min (mis à jour le )
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Un fondateur européen sur trois envisage de transférer son siège aux États-Unis — non pour des raisons de marché, mais pour accéder au capital. Le deuxième Transatlantic Founder Index d'AVP, publié le 27 mai 2026, documente trois dépendances structurelles : le capital, l'infrastructure cloud et IA, et les sorties vers des acquéreurs américains. Aucune des trois ne recule. Les alternatives européennes existent — Mistral Compute, Scaleway, OVHcloud — mais elles ne sont pas choisies à l'échelle. Le rapport le dit sans le dire : la souveraineté technologique européenne est aujourd'hui un projet institutionnel qui ne filtre pas encore dans les décisions opérationnelles des fondateurs.

29 %

Un fondateur européen sur trois envisage de transférer son siège aux États-Unis. Pas pour des raisons culturelles, pas pour des raisons de marché. Pour accéder au capital. C'est le chiffre central du deuxième Transatlantic Founder Index publié par AVP ce 27 mai 2026, un fonds désormais indépendant d'AXA depuis 2024, gérant plus de 2,5 milliards d'euros de part et d'autre de l'Atlantique. La méthodologie : 100+ fondateurs, Europe et États-Unis, majoritairement en Series B et au-delà.

Zéro fondateur américain interrogé n'envisage le mouvement inverse.

La note d'accès au capital est 5,5 sur 10 côté européen, 7,7 côté américain. L'écart de 2,2 points est le plus stable de l'Index — il n'a pratiquement pas bougé depuis l'édition précédente. Les fondateurs américains sont quasi 50 % plus susceptibles de décrire l'accès au capital comme « très facile ». Ce n'est pas un ressenti : l'Union européenne capte environ 5 % des flux mondiaux de capital-risque.

L'infrastructure

62 % des fondateurs européens déclarent dépendre principalement ou exclusivement d'infrastructures cloud et IA américaines. Le chiffre global, toutes géographies confondues, monte à 69 %. Quand AVP leur demande si cette dépendance les préoccupe, moins d'un fondateur européen sur quatre répond par l'affirmative.

Ce n'est pas de l'indifférence. C'est un calcul.

"Switching away from a working cloud provider or rebuilding an AI integration on a European alternative that does not yet exist at the same capability level, is an expense most growth-stage companies cannot justify. They cannot afford to move away from infrastructure that works when European alternatives are not yet ready." — François Robinet, Managing Partner, AVP

La Commission européenne a attribué en avril 2026 un marché-cadre de 180 millions d'euros à quatre consortiums européens — OVHcloud, Scaleway, STACKIT, S3NS/Mistral — pour les institutions de l'Union. L'appel d'offres exclut explicitement AWS, Azure et Google Cloud. Mais ce marché couvre les besoins internes des institutions européennes. Pas les 62 % de fondateurs qui font leurs choix d'infrastructure tous les jours sans appel d'offres SEAL-3 à respecter.

Mistral a acquis Koyeb en février 2026 pour accélérer sa plateforme Mistral Compute, se positionnant comme full-stack européen — modèles et infrastructure. Scaleway aligne des instances NVIDIA Blackwell B300-SXM. L'offre existe. Elle n'est pas choisie à l'échelle.

Les sorties

En 2025, 11 % des fondateurs européens citaient l'IPO comme sortie cible. En 2026, ce chiffre est passé sous les 5 %. Chez les fondateurs américains : zéro.

63 % de l'ensemble des fondateurs interrogés désignent désormais le M&A comme trajectoire de sortie la plus réaliste. Et pour les fondateurs européens qui atteignent la maturité, la direction des acquisitions est documentée : elle pointe vers les États-Unis. L'Europe construit, les États-Unis achètent. C'est une formulation que le rapport n'utilise pas, mais que ses chiffres décrivent précisément.

96 %

96 % des fondateurs interrogés — toutes géographies — ont étendu leur runway au cours des deux dernières années. La discipline de trésorerie née du cycle 2023–2025 a produit un résultat paradoxal : les entreprises qui ont survécu sont celles qui ont le mieux résisté, mais leurs options de sortie se sont simultanément réduites. L'effondrement du marché des IPO n'est pas spécifiquement européen — les fondateurs américains le vivent aussi — mais il amplifie la logique de dépendance aux acquéreurs américains pour les acteurs européens qui n'ont pas accès aux mêmes pools de capital.

41 % des fondateurs citent l'acquisition client comme premier défi de croissance, devant l'accès au capital. Avoir survécu à la sécheresse de financement a déplacé le problème sans le résoudre.

Il y a un signal dans les données sur les talents que le rapport fait ressortir en creux : pour la première fois, l'Index détecte un flux retour de seniors opérateurs des États-Unis vers l'Europe, invoquant les frictions de visa, l'instabilité politique américaine et des questions sur l'environnement familial. L'écart de talent se réduit à 0,8 point (EU 6,2 vs US 7,0), contre 2,2 points sur le capital. C'est la donnée qui bouge le plus vite dans le rapport. Elle ne compense pas les deux autres.

"The point is not European protectionism. It is European permanence." — François Robinet, AVP

AVP publie ce rapport depuis sa position de fonds transatlantique — investi en Europe et aux États-Unis. Ce positionnement lui permet de collecter les données. Il lui donne aussi un intérêt structurel à formuler le problème d'une façon qui justifie l'existence de son modèle : le pont entre les deux rives, plutôt que le choix entre elles.

TL;DR

L'Europe produit des fondateurs qui construisent sur infrastructure américaine, lèvent dans des conditions inférieures et finissent rachetés par des acquéreurs américains.

  • 29 % des fondateurs européens envisagent de déplacer leur siège aux États-Unis pour accéder au capital — un écart de 2,2 points sur 10 avec leurs homologues américains qui n'a pas bougé en un an.
  • 62 % des fondateurs européens dépendent d'infrastructures cloud et IA américaines, et moins d'un sur quatre considère cette dépendance comme un problème à résoudre.
  • Les sorties via IPO se sont effondrées sous les 5 % chez les fondateurs européens ; 63 % de l'ensemble des fondateurs voient le M&A — massivement américain — comme leur trajectoire réaliste.

Questions fréquentes

Pourquoi les fondateurs européens ne basculent-ils pas sur les alternatives souveraines disponibles?

Scaleway, OVHcloud et Mistral Compute existent, mais les fondateurs en phase de croissance ne peuvent pas justifier le coût d'une migration vers des plateformes dont les capacités — notamment sur les grands modèles et les écosystèmes de développeurs — ne sont pas encore au niveau des hyperscalers américains. C'est un arbitrage de survie à court terme, pas un choix idéologique.

Qu'est-ce que ça change concrètement pour les DSI qui évaluent des fournisseurs européens?

Les startups B2B européennes sur lesquelles les DSI s'appuient fonctionnent elles-mêmes sur infrastructure américaine. Une politique de souveraineté des données qui s'arrête au niveau du contrat avec le fournisseur direct ne couvre pas la chaîne complète. La dépendance est en réalité à un niveau plus profond que ce que les audits fournisseurs standards capturent.

L'effondrement des IPO européennes est-il réversible à moyen terme?

Le rapport AVP ne le dit pas. Les initiatives publiques — KfW DeepTech Future Fund allemand (1 milliard d'euros), IPCEI cloud (3 milliards) — existent mais opèrent à une échelle sans commune mesure avec les pools de capital-risque américains. Tant que le marché des introductions en bourse européen ne retrouve pas de profondeur, la pression vers les acquisitions américaines reste mécanique.

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